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    <!-- Einer Text -->
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    <text>
        <body>
            <pb n="3"/>
            <div>
                <head type="maintitle">L'ART<lb/> D'AIMER</head>
                <div>
                <lg>
                        <l><hi rend="initiale">S</hi>A<hi rend="font-variant: small-caps">NS</hi>
                            maître on sait aimer, sans art un c&#339;ur<lb/> soupire;</l>
                        <l>L'Amour est un panchant que la nature inspire:</l>
                        <l>Mais voulez-vous soumettre à la loi du devoir</l>
                        <l>Ces beaux feux dont votre ame a senti le pouvoir?</l>
                        <l>Voulez-vous du destin fléchir la résistance,</l>
                        <l>N'acheter les faveurs qu'au prix de la constance,</l>
                        <l>Et des pâles rivaux étouffer les soup&#231;ons?</l>
                        <l>Alors il faut un art, un maître &amp; des le&#231;ons.</l>
                    </lg>
                    <pb n="4"/>
                    <lg>
                        <l>Toi dont la vertu même emprunteroit les charmes,</l>
                        <l>Si, daignant se montrer aux regards des mortels,</l>
                    </lg>
                    <pb n="5"/>
                    <lg>
                        <l>Tourne sur moi ces yeux, images de ton c&#339;ur,</l>
                        <l>Où la pudeur habite, où rit l'Amour vainqueur;</l>
                        <l>Un seul de tes regards va porter dans mon ame</l>
                        <l>Ces sublimes ardeurs, cette divine flamme,</l>
                        <l>Qui des chantres fameux échauffent les accens:</l>
                        <l>C'est sur ton seul autel que j'offre mon encens;</l>
                        <l>Te plaire est le seul bien où j'ai voulu prétendre;</l>
                        <l>Approche, sois ma Muse, en est-il de plus tendre?</l>
                        <l>D'un coup d'&#339;il, d'un soûris daigne m'encou<c type="bindestrich">-</c><lb/> rager,</l>
                        <l>Conduis, régle ma main, tu sais la diriger;</l>
                        <l>Viens prêter à mes vers ta grace si touchante:</l>
                        <l>En célébrant l'Amour, c'est Z<hi rend="font-variant: small-caps"
                            >ULN</hi>&#239; que je chante.</l>
                    </lg>
                    <pb n="8"/>
                    <lg>
                        <l>Il est dans l'univers un objet fait pour vous,</l>
                        <l>Nos panchans sont marqués: des mers inaccessi<c type="bindestrich">-</c><lb/> bles</l>
                        <l>En vain ont élevé des ramparts invincibles</l>
                        <l>Entre deux jeunes c&#339;urs nés pour se captiver;</l>
                        <l>Un moment imprévu vous la fera trouver,</l>
                        <pb n="9"/>
                        <l>Re&#231;ut-elle le jour sur ces brûlans rivages</l>
                        <l>Où Ph&#339;bus enrichit les Mexicains sauvages;</l>
                        <l>Vecut-elle en ces monts glacés, déserts, affreux,</l>
                        <l>Que le scithe &amp; les ours se disputent entre eux,</l>
                        <l>Ces monts, tombeaux du monde où la nature<lb/> expire:</l>
                        <l>Si le ciel de vos v&#339;ux lui reserve l'empire,</l>
                        <l>Rien ne peut du destin balancer les arrêts,</l>
                        <l>Sur l'airain immuable il grava ses décrêts:</l>
                    </lg>
                    <lg>
                        <l>Ebloui des appas d'une jeune Beauté,</l>
                        <l>A ses premiers regards, immobile, enchanté,</l>
                        <l>Votre ame de l'Amour sentit la vive atteinte,</l>
                        <l>Vos sens étoient troublés, votre voix s'est éteinte,</l>
                        <l>Votre c&#339;ur, plein d'un feu qu'il n'a pu lui cacher,</l>
                        <l>Pour voler sur ses pas sembloit se détacher:</l>
                        <l>Tout retrace à vos yeux son image fidelle,</l>
                        <l>Tout vous peint ses attraits &amp; tout vous parle d'elle.</l>
                        <pb n="10"/>
                        <l>Absent vous l'adorez, présent vous pâlissez,</l>
                        <l>Vos plus simples discours semblent embarrassés,</l>
                        <l>Vous exprimez beaucoup, vous sentez davantage;</l>
                        <l>S'il vous nait quelque espoir la crainte le partage:</l>
                        <l>Timides, incertains, pleins d'un trouble parlant,</l>
                        <l>Vos regards sur les siens ne tombent qu'en trem<c type="bindestrich">-</c><lb/> blant.</l>
                        <l>C'en est assez; vos feux recrevront leur salaire,</l>
                        <l>Cet objet enchanteur étoit né pour vous plaire;</l>
                        <l>Et si sous tant d'appas un destin fortuné</l>
                        <l>Daigna placer un c&#339;ur aux vertus fa&#231;onné;</l>
                        <l>Si son esprit est grand autant comme elle est belle,</l>
                        <l>Aimez, soumettez-vous, sans vous montrer re<c type="bindestrich">-</c><lb/> belle.</l>
                    </lg>
                    <pb n="24"/>
                    <lg>
                        <l>D'une Belle en tout tems suivez par-tout les<lb/> pas,</l>
                        <l>Ne voyez, n'admirez, n'aimez que ses appas:</l>
                        <l>Par-tout du tendre Amour l'on re&#231;oit le salaire,</l>
                        <l>Et l'on plait à l'objet qui sent qu'on veut lui<lb/> plaire.</l>
                    </lg>
                    <lg>
                        <l>Le théâtre propice aux désirs des Amans,</l>
                        <l>Pour amollir un c&#339;ur fournit d'heureux momens:</l>
                        <l>Par son illusion la scéne enchanteresse</l>
                        <l>Fait cherir ses erreurs, flatte, charme, interesse.</l>
                    </lg>
                    <pb n="28"/>
                    <lg>
                        <l>Trop aimable <rs type="person" ref="#gaus"
                                rend="font-variant: small-caps ">Gaussin</rs>, re&#231;ois ici
                            le prix</l>
                        <l>Que t'offrent mille Amans de tes charmes surpris:</l>
                        <l>Oui, les accens flatteurs de ta voix si touchante,</l>
                        <l>Tes larmes, tes regards dont la douceur enchante,</l>
                        <pb n="29"/>
                        <l>Par-tout du tendre Amour lancent les traits vain<c type="bindestrich">-</c><lb/> queurs;</l>
                        <l>Il regne par tes yeux, il te doit tous les c&#339;urs.</l>
                        <l>Heureux qui peut te voir, te parler &amp; t'entendre!</l>
                        <l>Heureux qui peut te plaire! heureux qui peut<lb/> prétendre</l>
                        <l>Qu'obtenant de ta bouche un précieux soûris,</l>
                        <l>Il lira son bonheur dans tes yeux attendris!</l>
                        <l>Daigne accueillir ces vers, l'Amour les a fait<lb/> naître,</l>
                        <l>Je chante ses douceurs, &amp; tu les fais connaître.</l>
                    </lg>
                    <pb n="30"/>
                    <lg>
                        <l>Amans, volez en foule à ces pompeux Spec<c type="bindestrich">-</c><lb/> tacles,</l>
                        <l>L'Amour toujours vainqueur n'y connoit plus<lb/> d'obstacles,</l>
                        <pb n="31"/>
                        <l>Tous les arts rassemblés offrent tous les plaisirs,</l>
                        <l>Cherchez, abordez-y l'objet de vos désirs:</l>
                        <l>Des concerts de <rs type="person" ref="#lull"
                                rend="font-variant: smallcaps">LULLI</rs> la flatteuse harmonie,</l>
                        <l>Aux accens de <rs type="person" ref="#quina"
                                rend="font-variant: smallcaps">QUINAUT</rs> par les amours unie,</l>
                        <l>Portera dans ses sens le trouble &amp; la langueur,</l>
                        <l>Vous verrez sur sa bouche expirer la rigueur:</l>
                        <l>Si <hi rend="font-variant: smallcaps">CADMUS</hi> vient jurer une foi
                            solemnelle,</l>
                        <l>Ses yeux vous jureront une ardeur éternelle.</l>
                    </lg>
                    <pb n="32"/>
                    <lg>
                        <l>Les Jeux ont leur saison, le Spectacle a son tems,</l>
                        <l><hi rend="font-variant: smallcaps">CLIO</hi> brille l'hiver, <hi
                                rend="font-variant: smallcaps">FLORE</hi> éclatte au printems:</l>
                        <l>Aimez de tous les arts la charmante imposture;</l>
                        <l>Mais il est des momens qu'on doit à la nature.</l>
                    </lg>
                    <pb n="33"/>
                    <lg>
                        <l>Sous ces bosquets naissans où voltigent les Ris,</l>
                        <l>Que <hi rend="font-variant: small-caps">Philomele</hi> en pleurs ravit
                            par ses ramages,</l>
                        <l>Vous pourrez, à l'objet qui re&#231;oit vos hommages,</l>
                        <l>Expliquer par vos yeux vos tendres sentimens;</l>
                        <l>Qu'on lise vos désirs dans tous leurs mouvemens,</l>
                        <l>Que tout découvre en vous une ardeur violente,</l>
                        <l>Ayez un front plus triste, une démarche lente,</l>
                        <l>Ne cherchez que ses yeux, admirez ses appas,</l>
                        <l>Fuyez-la quelquefois, revenez sur vos pas,</l>
                        <l>Son c&#339;ur vous suit par-tout, &amp;, trompant son<lb/>
                            adresse,</l>
                        <l>L'Amour sait lui ravir des marques de tendresse.</l>
                    </lg>
                    <pb n="38"/>
                    <lg>
                        <l>S'il est besoin de pleurs pour la convaincre<lb/> mieux,</l>
                        <l>Que des torrens de pleurs échappent de vos<lb/> yeux,</l>
                        <l>Pleurez, le tendre Amour se complait dans les<lb/> larmes,</l>
                        <l>Son calme le plus doux nait du sein des allar<c type="bindestrich">-</c><lb/> mes,</l>
                        <l>Ses mirtes les plus chers sont arrosés de pleurs,</l>
                        <l>Et qui ne sait pleurer ignore ses douceurs.</l>
                    </lg>
                    <lg>
                        <l>Enfin, l'Amour l'emporte &amp; la rigueur chan<c type="bindestrich">-</c><lb/> celle,</l>
                        <l>Dans des yeux languissans la tendresse étincelle:</l>
                        <l>Un inflexible objet va se laisser fléchir;</l>
                        <l>Du piége qui lui plait il n'ose s'affrenchir:</l>
                        <l>Sur sa tremblante main cueillez le premier gage;</l>
                        <l>Un baiser parle au c&#339;ur, il en est le langage.</l>
                    </lg>
                    <lg>
                        <l>Amour, l'on fuit en vain l'atteinte de tes traits,</l>
                        <l>Tout ressent ton pouvoir, tout céde à tes at<c type="bindestrich">-</c><lb/> traits;</l>
                        <l>De mille préjugés la voix tumultueuse</l>
                        <l>Reprime de tes feux l'ardeur impétueuse,</l>
                        <l>A ton joug, pour un tems, un c&#339;ur est dérobé,</l>
                        <l>Tu parois, le c&#339;ur brûle, &amp; le fard est tombé.</l>
                    </lg>
                    <pb n="39"/>
                    <lg>
                        <l>Et toi, fantôme altier, vaine Philosophie,</l>
                        <l>A ton appui trompeur insensé qui se fie!</l>
                        <l>Tu dédaignes l'Amour, ses fleurs &amp; ses appas,</l>
                        <l>Tu marques ses écueils, tu n'en garantis pas:</l>
                        <l>Viens voir briser l'orgueil de ton superbe maître;</l>
                        <l>Colosse de fumée, apprens à te connaître.</l>
                    </lg>
                    <pb n="54"/>
                    <!-- Ich finde da einiges nicht -->
                    <lg>
                        <l>Votre Amante, écoutant une sagesse austère,</l>
                        <l>Nourrit-elle un feu lent dans un c&#339;ur combattu?</l>
                        <l>Suspendez vos progrès, ménagez sa vertu:</l>
                        <pb n="55"/>
                        <l>Unit-elle aux Amours l'esprit philosophique?</l>
                        <l><rs type="person" ref="#male">Malebranche</rs> à la main, parlez
                            métaphisique:</l>
                        <l>Blame-t'elle? blamez; vante-t'elle? vantez;</l>
                        <l>Danse-t'elle? dansez; chante-t'elle? chantez;</l>
                        <l>Son doigt peint-il la toile? admirez ses ouvrages;</l>
                        <l>Vous lit-elle ses vers? prodiguez vos suffrages.</l>
                    </lg>
                    <pb n="69"/>
                    <lg>
                        <l>Il est de ces esprits, trop bornés dans leur<lb/> sphére,<note
                                type="footnote" n="*">C'est ici le défaut le plus
                                reproché à la nation Fran&#231;aise; il seroit à souhaiter qu'on
                                pût l'en guérir.</note></l>
                        <l>Qui vantans le climas que leur erreur préfére,</l>
                        <l>Suivent timidement les pas de leurs ayeux,</l>
                        <l>Et n'aiment que les biens qui naissent sous leurs<lb/> yeux:</l>
                        <l>Pour eux, hors de Paris, il n'est plus de génie,</l>
                        <l>Et le cahos commence où la France est finie.</l>
                        <l>Laissez au peuple vain ces honteux préjugés;</l>
                        <l>Avec égalité les talens partagés</l>
                        <l>Sont versés par le ciel sur différens rivages,</l>
                        <l>On compte des <rs type="person" ref="#pilp" rend="font-style: italic">Pilpais</rs>
                            <note type="footnote" n="&#x2020;"><rs type="person"
                                    ref="#pilp">Pilpai</rs>, Auteur Indien, dont nous avons des Fables
                                très-ingénieuses.</note> aux lieux les plus sau<c type="bindestrich">-</c><lb/> vages.</l>
                        <l>Quittez un sot orgueil qu'on suce avec le lait,</l>
                        <l>Ce qui chez l'étranger vous choque &amp; vous dé<c type="bindestrich">-</c><lb/> plait,</l>
                        <l>Exige qu'on le pése avant qu'on décide;</l>
                        <l>Le bigot Espangnol &amp; l'Anglois <hi rend="font-style: italic"
                                >Suicide</hi></l>
                        <l>Ont des m&#339;urs, des talens mélés à leurs travers;</l>
                        <l>Qui s'arrête à l'écorce en juge de travers:</l>
                        <l>Les vertus ont souvent l'apparence des vices,</l>
                        <l>Sans vous en rapporter à vos propres caprices,</l>
                        <pb n="70"/>
                        <l>Etudiez leurs gouts; profitez des trésors</l>
                        <l>Qu'une féconde main sema sur d'autres bords;</l>
                    </lg>
                    <pb n="76"/>
                    <!-- Tüdelchen -->
                    <q>
                    <lg>
                        <l>
                            Que sent-on? que veut-on, dit-elle, alors<lb/> qu'on aime?
                        </l>
                        <l>
                            Cher Zamore, apprenez à mon esprit trem<c type="bindestrich">-</c><lb/>
                                blant
                        </l>
                        <l>
                            Par quel sort, par quel art j'éprouve en vous<lb/> parlant
                        </l>
                        <pb n="77"/>
                        <l>
                            Un trouble &amp; des transports inconnus à mon<lb/> ame,
                        </l>
                        <l>
                            Mon c&#339;ur à vos regards se dissoud &amp; s'en<c type="bindestrich">-</c><lb/>
                                flame,
                        </l>
                        <l>
                            Depuis que dans cette Isle un Dieu vous fit<lb/> venir,
                        </l>
                        <l>
                            De vous, de vos appas le charmant souvenir
                        </l>
                        <l>
                            Le jour, la nuit, par-tout m'accompagne &amp;<lb/>
                            m'enchante,
                        </l>
                        <l>
                            De vos moindres discours l'impression tou<c type="bindestrich">-</c><lb/> chante
                        </l>
                        <l>
                            Se retrace, se peint &amp; semble vivre en moi....
                        </l>
                        <l>
                            Tous mes sens sont saisis d'abord que je vous<lb/> voi....
                        </l>
                        <l>
                            Hier je soupirois de votre longue absence,
                        </l>
                        <l>
                            Quand Dorival parut...Ah! quelle différence!
                        </l>
                        <l>
                            Je ne sens point pour lui ce que je sens pour<lb/> vous,
                        </l>
                        <l>
                            Il n'a qu'un sentiment &amp; vous les avez tous...
                        </l>
                        <l>
                            Mon Père en ce désert m'a souvent fait en<c type="bindestrich">-</c><lb/> tendre
                        </l>
                        <l>
                            Que l'amour est cruel autant qu'il paroit tendre,
                        </l>
                        <l>
                            J'avois peine à comprendre un semblable dis<c type="bindestrich">-</c><lb/> cours,
                        </l>
                        <l>
                            L'Amour pour l'expliquer arrive à mon se<c type="bindestrich">-</c><lb/> cours,
                        </l>
                        <pb n="78"/>
                        <l>
                            Je con&#231;ois que l'état flatteur, inexprimable,
                        </l>
                        <l>
                            Où me met le plaisir de vous trouver aimable,
                        </l>
                        <l>
                            Tourneroit en poison dans mon c&#339;ur enflamé,
                        </l>
                        <l>
                            Si Zamore n'aimoit autant qu'il est aimé....
                        </l>
                        <l>
                            Je connois donc l'amour! &amp; c'est toi, cher<lb/>
                                Zamore,
                        </l>
                        <l>
                            Toi qu'embellit le ciel, toi que mon ame adore,
                        </l>
                        <l>
                            Toi que sur mon état je venois consulter,
                        </l>
                        <l>
                            Oui, c'est toi qui m'apprens à ne plus en<lb/> douter....
                        </l>
                        <!-- Hier habe ich ein paar Zeilen mehr übernommen, um zumindest die Einheit Linegroup fertig zu übernehmen -->
                    </lg>
                    </q>
                    <pb n="90"/>
                    <lg>
                        <l>Donnez quelques instans à cet art enchanteur,</l>
                        <l>Plus pour vous faire aimer que pour paroître au<c type="bindestrich">-</c><lb/> teur,</l>
                        <l>D'un c&#339;ur inaccessible il peut trouver l'entrée;</l>
                        <l>Ce n'est plus les lions, les rochers, ni Borée,</l>
                        <l>C'est la fierté des c&#231;urs que l'on doit amollir.</l>
                    </lg>
                    <pb n="97"/>
                    <lg>
                        <l>Le jeu sert en amour, l'enjoûment y préside,</l>
                        <l>C'est un combat riant où le hazard-décide:</l>
                        <l>Les interêts cachés, les succès inconstans,</l>
                        <l>En exilent l'ennui sur les aîles du tems:</l>
                        <l>Chaque moment re&#231;oit une face nouvelle,</l>
                        <l>Ce qu'un instant ignore, un instant le révelle;</l>
                        <l>La fortune voltige, elle menace &amp; rit,</l>
                        <l>L'espoir brille &amp; s'éteint, l'or abonde &amp; tarit.</l>
                    </lg>
                    <lg>
                        <l>Voulez-vous plaire aux yeux dont votre ame<lb/> est charmée?</l>
                        <l>D'un joueur forcené fuyez la renommée:</l>
                        <l>Par deux objets divers un c&#339;ur est partagé;</l>
                        <l>On écarte un Amant au jeu trop engagé.</l>
                    </lg>
                    <pb n="100"/>
                    <!-- Ich nehme hier die gesamt linegroup auf, d.h. etwas mehr als Lessing -->
                    <lg>
                        <l>N'allez point d'un plaisir vous faire une tor<c type="bindestrich">-</c><lb/> ture,</l>
                        <l>Ni manquer, pour mieux plaire, à toute la na<c type="bindestrich">-</c><lb/> ture;</l>
                        <l>L'Amour aime à briller sur des fronts éclaircis,</l>
                        <l>Les craintes, la tristesse &amp; les pâles soucis,</l>
                        <l>Loin de son libre empire étendent leurs nuages,</l>
                        <l>Jamais ce beau climas n'en ressent les outrages.</l>
                        <l>Le sombre <hi rend="font-style: italic">Cleveland</hi><!-- keine Ahnung -->
                            <note type="footnote" resp="author" n="*">Le P. de L. T. T.</note> à la
                            Cour isolé,</l>
                        <l>Fugitif de soi-même, en tous lieux exilé,</l>
                        <l>D'un superbe vainqueur traine par-tout la chaine,</l>
                        <l>Ne caresse l'Amour qu'avec des yeux de haine;</l>
                        <l>Que le plaisir secret d'un tendre engagement</l>
                        <l>Répande sur vos jours un nouvel agrément.</l>
                        <l>Apportez dans le monde une douceur pliante,</l>
                        <l>Attachez-vous les c&#339;urs par une humeur liante.</l>
                        <l>Sur-tout d'un ami sage aquerez le trésor,</l>
                        <l>La pompe, les honneurs, le faux éclat de l'or</l>
                        <pb n="101"/>
                        <l>N'approchent point du prix d'un ami véritable;</l>
                        <l>C'est un fonds de vertus en tout tems profita<c type="bindestrich">-</c><lb/> ble,</l>
                        <l>C'est dans d'obscurs sentiers un visible flam<c type="bindestrich">-</c><lb/> beau,</l>
                        <l>Des Dieux, après l'Amour, c'est le don le plus<lb/> beau:</l>
                        <l>Que de toute votre ame il soit dépositaire,</l>
                        <l>Ouvrez-lui vos secrets, hors un seul qu'on doit<lb/> taire.</l>
                    </lg>
                    <pb n="117"/>
                    <lg>
                        <l>Courbé <note type="footnote"  n="*"
                                >Portrait de B**. Conseiller<!-- keine Ahnung --></note> dans un
                            fauteuil, catéreux &amp; débile,</l>
                        <l>Sur le siécle exhalant l'âcreté de sa bile,</l>
                        <l>Blâme-t'il la jeunesse &amp; son luxe excessif?</l>
                        <l>Dans son âpre courroux durement expressif,</l>
                        <l>Des avares du tems vous cite-t'il l'exemple?</l>
                        <l>Couché sur un tas d'or que sans cesse il contemple,</l>
                        <l>Met-il l'honneur, la gloire &amp; le souverain bien</l>
                        <l>A nager parmi l'or, à ne jouir de rien?</l>
                        <pb n="118"/>
                        <l>Vantez ses biens futurs, sa richesse actuelle,</l>
                        <l>Et plaignez en secret sa pauvreté réelle.</l>
                    </lg>
                    <pb n="123"/>
                    <lg>
                        <l>Le suffisant <hi rend="font-style: italic">Médor</hi><note
                                type="footnote" n="*">Caractère de
                                V***.<!-- Das ist vielleicht Voltaire --></note> trop sûr de sa
                            conquéte,</l>
                        <l>Peu touché des soucis d'une Amante inquiéte,</l>
                        <l>Contemple son bonheur avec un &#339;il serain;</l>
                        <l>D'un c&#339;ur qu'il s'est soumis paisible souverain,</l>
                        <l>Il brave ses soup&#231;ons, il rit de ses allarmes,</l>
                        <l>Il n'entend point ses pleurs, il ne voit point ses<lb/> larmes;</l>
                        <l>Près d'elle il est absent: on lui parle; distrait,</l>
                        <l>Il regarde un bijoux, il admire un portrait,</l>
                        <pb n="124"/>
                        <l>Il appelle son chien, il lui parle, il le flatte,</l>
                        <l>Sur son front nuageux un fier dédain éclatte;</l>
                        <l>Quelques mots ambigus prononcés mollement,</l>
                        <l>De sa bouche au hazard tombent nonchalanment:</l>
                        <l>L'Amante est tout de feu, l'Amant est tout de<lb/> glace;</l>
                    </lg>
                    <pb n="150"/>
                    <lg>
                        <l>Louez ses agrémens, louez avec justesse,</l>
                        <l>On devient impoli par trop de politesse;</l>
                        <l>N'allez point lui donner l'éclat &amp; les appas</l>
                        <l>Que, grace à son miroir, elle sait n'avoir pas:</l>
                        <pb n="151"/>
                        <l>De la pâle <hi rend="font-style: italic">Fanny</hi> ne vantez point les
                            roses,</l>
                        <l>Prêtez-lui des beautés, mais sans outrer les cho<c type="bindestrich">-</c><lb/> ses:</l>
                        <l>Toute louange est fade, on s'en moque aujour<c type="bindestrich">-</c><lb/> d'hui.</l>
                    </lg>
                    <lg>
                        <l>Souvent pour vous sonder elle admire en au<c type="bindestrich">-</c><lb/> trui</l>
                        <l>Des charmes que le ciel n'a point placés en elle:</l>
                        <l>Que <hi rend="font-style: italic">Pelissier</hi>
                            est vive! &amp; que <hi rend="font-style: italic">Lemaur</hi> est belle!<note
                                type="footnote" resp="author" n="&#8224;">Actrices</note></l>
                        <l>C'est un piége secret que sa crainte vous tend,</l>
                        <l>Dites que ces attraits n'offrent rien d'éclattant;</l>
                        <l>Jusqu'à les dépriser poussez la politique,</l>
                        <l>L'éloge de toute autre a l'air d'une critique.</l>
                    </lg>
                    <pb n="157"/>
                    <!-- Hier weiß ich wieder nicht, ob der Text, den ich aufneheme auch umfangreich genug ist, Absatz nicht zu Ende gemacht, sondern ungefähr da aufgehört, wo es der L. tat -->
                    <lg>
                        <l>Malgré tant de sermens &amp; tant de témoignages,</l>
                        <l>Reste-t'il sur son front encor quelques nuages?</l>
                        <l>Lisez-vous dans ses yeux que son c&#339;ur allarmé</l>
                        <l>Craint le supplice affreux de n'être point aimé?</l>
                        <l>Jurez-lui, prouvez-lui que votre ame l'adore,</l>
                        <l>Prouvez-le mille fois &amp; le prouvez encore,</l>
                        <l>Couvrez ses mains de pleurs, exaltez ses appas,</l>
                        <l>Tombez à ses genoux, implorez le trépas....</l>
                        <l>Le ciel n'a point formé d'objet assez farouche,</l>
                        <l>De c&#339;ur assez cruel qu'un tel état ne touche,</l>
                        <l>S'arma-t'il jusqu'alors d'orgueil &amp; de dédain,</l>
                        <l>Fut-il sourd, insensible &amp; ceint d'un triple airain;</l>
                    </lg>
                    <pb n="169"/>
                    <lg>
                        <l>Muse, suspens ta course, &amp; jusqu'au fond du<lb/> Temple</l>
                        <l>Où la Victime expire, où l'Amour la contemple,</l>
                        <l>Garde-toi de porter un regard indiscret,</l>
                        <l>Ce mistère sacré veut un profond secret:</l>
                        <l>Qu'aux Graces sur ton front la pudeur soit unie,</l>
                        <l>Muse, revole aux cieux, ta carriére est finie.</l>
                    </lg>
                    <pb n="171"/>
                    <lg>
                        <l>Amour, tu m'enseignois ton culte &amp; tes mistères:</l>
                        <l>Mes vers de tes secrets sont les dépositaires,</l>
                        <l>Tes mirtes immortels couronnoient mon prin<c type="bindestrich">-</c><lb/> tems,</l>
                        <l>Je publiois tes loix, &amp; n'avois point vingt ans.</l>
                    </lg>
                </div>
            </div>
        </body>
    </text>
</TEI>

